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Bibliothèque allemande
Paru le 07/02/2001
216 pages, 18 €
ISBN 978-2-86424-742-5
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La Convocation  -  Herta MÜLLER
Titre original : Heute wär ich mir lieber nicht begegnet
Traduit de l'allemand par Claire de Oliveira
Prix Nobel de littérature (2009)    

"Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n ‘ai pu m’empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j ‘avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer."

Dans le tramway qui la mène au bureau de la Securitate, où elle a de nouveau été convoquée, la narratrice lutte pour ne pas se laisser entraîner par son angoisse et le sentiment d’humiliation que son interrogateur va s’ingénier à provoquer dès son entrée. Elle a, un jour, osé glisser un message dans la poche du pantalon de luxe qu’elle cousait pour une maison italienne, comme une bouteille à la mer, depuis elle est convoquée... Elle voudrait pouvoir résister...

Herta Müller nous transmet l’expérience de la dictature, de la peur et de l’humiliation à travers un style dont les phrases courtes ont la force et l’intensité d’un poème.

 

"Elle a choisi un style léger et poétique pour mieux faire surgir le drame à l'instant où on ne l'attend pas."

Télérama



Herta MÜLLER

Herta Müller a reçu le Prix Nobel de littérature 2009 : en savoir plus


« Dans le village où j'ai grandi il n'y avait pas de Roumains, à l'exception de quelques fonctionnaires. Tous les autres étaient allemands. Je n'ai appris le roumain qu'en allant à l'école, comme on apprend une langue étrangère. » raconte Herta Müller qui est née en Roumanie, au Banat, en 1953.
Dans la seconde moitié des années 60, une brève ouverture du régime de Ceauscescu en politique étrangère et culturelle avait semblé favoriser la littérature. C'est dans ce climat apparemment plus libéral que quelques jeunes écrivains de langue allemande ont pu créer à Timisoara le Groupe-Action du Banat. Mais il s'avéra rapidement que le régime ne souhaitait nullement tolérer la libre expression, ni le libre débat d'opinion. Les écrivains critiques devinrent suspects. Surveillé par la Securitate, soumis à des pressions et des chantages, interdit de publication, le groupe fut finalement dissout. Proche de ce groupe, auquel appartenaient Werner Söllner, Richard Wagner, Ernst Wichner, ainsi que quelques écrivains de Transylvanie comme Franz Hodjak, Herta Müller qui, à l'époque n'avait pas encore publié, se souvient : « Ce groupe a été très actif, mais il n'a pas vécu longtemps. A l'époque je n'écrivais pas encore, mais j'étais proche de certains membres du groupe dont je partageais les conceptions littéraires et les positions politiques. La police secrète l'a infiltré, il a été dissout, ses membres affectés à des postes très éloignés les uns des autres. Séparés les membres du groupe ont évolué différemment, certains ont même renié leurs engagements antérieurs, par opportunisme. Dès le début de son existence, le groupe a été perçu par le régime comme un « ferment d'opposition » Mais il ne s'est jamais défini ainsi, il souhaitait simplement que la littérature soit le lieu d'une critique lucide du quotidien et le vecteur de la transformation de la société. A cela s'ajoutait bien sûr la confrontation permanente avec la génération précédente, à qui les écrivains de ma génération reprochaient leur manque d'esprit critique, leur trop facile soumission aux idéologies dominantes. »
Esthétique de la résistance, cette littérature a été celle de la dernière génération des écrivains roumains de langue allemande. Elle est née dans une situation d'isolement absolu, due à la fois au contexte linguistique exceptionnel et au vide politique et historique. Lorsqu'ils ont quitté leur pays pour l'Allemagne fédérale, les écrivains ont fait l'expérience d'une autre réalité culturelle, sociale, politique, d'une autre langue aussi, bien que leur langue maternelle ait également été l'allemand. « Mon allemand de minorité », écrivait Herta Müller en 1988 peu de temps après son installation à Berlin-Ouest, « mon allemand de minorité est maintenant relié. Désormais le lien te semble corde. Je suis débarrassée de toi, tu es ma sauvegarde. Coup pour coup. Ma conscience d'être ailleurs. »



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